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Le Pape en Lituanie : Nous y étions aux première loges

Publié en ligne le mercredi 26 septembre 2018, par Soeur Anne

Comment partager le voyage du Pape François aux pays baltes, qui célèbrent leurs 100 d’Indépendance et les 25 ans de la visite de Jean Paul II, le lendemain du retrait des derniers troupes soviétiques ? Vous trouvez de reportages excellents sur les sites de Vatican news media, ou KTO. Zenith donne les textes de ses discours, improvisations inclues. Le contenu est riche et si c’est adapté à la réalité d’ici, la portée est universelle. Ce qui suit raconte seulement un peu de l’expérience de la communauté de Vilnius.
En commuaute, en église mais aussi dans le pays et la région, nous avons vécu les préparatifs pour la visite du Pape François de manière intense. Le thème était « Le Christ Jésus, notre espérance ». Dans les agendas pastoraux, il avait deux temps : avant et après la visite du Pape. Sur les églises et les autoroutes se trouvait des grandes affiches de bienvenue. A notre école Teofil Matulionis on parlait du pape non seulement aux cours de religion mais aussi aux cours de langue. Clip vidéo, textes écrits, quiz, bricolages ; les moyens variaient selon l’âge mais le sujet était le même. La culture « papale » des sœurs s’est sérieusement augmentée.
L’accueil du Pape à son arrivée aux pays baltes était confié aux élèves de l’enseignement catholique. Samedi matin avant 9hr près de 200 enfants et jeunes dont 50 (deux en chaises roulantes) de notre école avec la directrice, des professeurs, le chauffeur, quelques parents et trois sœurs (Bénédicte, Erika et Miriam) sont passés les contrôles de sécurité à l’aéroport et ont été orientés vers la salle VIP. Une petite était un peu déçue car elle croyait que nous allions prendre l’avion pour voir le Pape. L’attente était longue et nous étions tassés comme des sardines mais puisqu’il pleuvait dehors, personne ne se plaignait. Vers dix heures nous avons été invités de sortir et se mettre en place sur le tarmac. La responsable d’école encourageait les enfants en disant que nous étions en Lituanie, ou l’accueil est une valeur fondamentale. Qu’il fasse froid ou qu’il pleut, on accueille- et nous sommes sortis avec courage.
Une fois dehors nous avons attendu près de deux heures. Les petits chantaient à tue-tête (vive les chants du renouveau charismatique), les grands plus doucement, mais nous avions l’arrivée des militaires et de la présidente de la république puis quelques avions pour nous distraire. Avec l’annonce que l’avion du Pape survolait le territoire de Lituanie, l’attente est devenue plus intense. Quand son avion a enfin atterri après 11h30, le nonce et le chef du protocole sont montés. On est habitués aux photos du Pape souriant ; mais quand le Saint Père est descendu, il était sobre, fatigué. Deux enfants en costume nationale lui ont présenté un bouquet, la présidente et l’archevêque l’ont salué. Le Pape s’est tourné vers les enfants mais ne s’est pas arrêté. Je craignais que les enfants soient déçus, mais non. D’après les échos que Kotryna Danguole a eus à l’école lundi, ils savaient qu’ils participaient à un évènement national et en sont fiers.
Danguole et des grands de l’école étaient à la rencontre du saint Père avec les jeunes sur la place de la cathédrale. Là aussi, les écoles catholiques étaient gâtées, et nous avions 250 places devant le podium. Là aussi, il a fallu être en place avant midi pour une rencontre prévue pour 16h30 (et qui a eu lieu bien après 17hr). Chants, danses, témoignages de deux jeunes, dont une fille qui a raconté la place de la foi et d’une communauté paroissiale pour l’aider à dépasser les blessures provoquées par la violence d son père. Un jeune homme marié, en lutte avec une maladie auto-immunitaire, témoignait du rôle du sacrement de mariage en ce qu’il vit. Dans le discours du Pape, vigoureux et encourageant à la fois, il s’est appuyé sur ces témoignages. A la fin, l’évêque référendaire pour la pastorale des jeunes les a invité de prier pour le Pape et spontanément- ce n’était pas dans le protocole-la chorale puis tous les jeunes présents ont levé la main et ont béni le pape par un chant traditionnel.
A 3h dimanche matin, la communauté, moins Bénédicte partie la veille pour la dernière répétition de la chorale qui animerait la rencontre avec les prêtres et les religieux, a pris la voiture pour Kaunas. Apres avoir garé la voiture avant que les dernières routes soient fermées, pris le petit déjeuner, et se présenté aux contrôles de sécurité, nous étions en place à 6h. Les personnes consacrées, regroupées juste derrière les prêtres, ont profités de 4h d’attente pour des retrouvailles fraternelles dont la chaleur faisait oublier-un peu- le froid et le vent. (Il avait plu la nuit mais des l’aube le soleil était de la partie). Une foule immense-on parle de plus de 100,000 personnes- dont certains sont venus des pays baltes certes mais aussi de Biélorussie, de la Pologne, de la Scandinavie et même au-delà des Oural. Une chorale immense fait de jeunes et des enfants avec un orchestre splendide. 800 prêtres, 300 évêques. Quand le Saint Père est arrivé pour l’eucharistie, un arc en ciel est apparu. C’était la messe dominicale ; la foule chantait et participait activement. L’homélie du Pape, qu’il ancrait bien dans l’histoire et l’actualité de la Lituanie reprenait des thèmes qui concernent toute l’Europe. Il faisait mémoire des souffrances du pays, de l’occupation soviétique l’exil en Sibérie mais aussi de l’extermination voulue de la communauté juive : c’était jour pour jour le 75e anniversaire d la destruction du ghetto de Vilnius. Il a plaidé pour une église en sortie, non pas tournée sur les blessures du passé, mais attentive aux pauvres, aux petits, accueillante à l’étranger. Apres la communion, nous étions invités à rendre grâce pour le don reçu : il a eu un silence intense ou on aurait pu entendre voler une mouche (sauf qu’il faisait trop froid pour les mouches).
Après la messe, les religieux étaient invités à prendre un repas rapide dans le cours du Séminaire. Puis nous nous sommes dépêchées pour s’installer dans la cathédrale de Kaunas ou le Saint Père a rencontré les prêtres, les religieux et les séminaristes. Une chorale, dirigée par une sœur bénédictine, nous faisait prier en attendant. Il y avait entre autre l’hymne acathiste : les solos étaient assurés par un diacre et un prêtre orthodoxe dont l’épouse participait aussi. En arrivant, le Pape a salué les anciens puis il est allé dans la chapelle du Saint Sacrement, ou se trouvaient les religieuses contemplatives. Il parait qu’il a improvisé un discours en disant que si elles étaient enfermées, ça doit être parce qu’elles sont dangereuses. Pour qui ? Pour le diable. Qu’elles continuent surtout.
Le discours du Saint Père dans le chœur de la cathédrale, ou il a beaucoup improvisé, a duré plus de ¾ heure. Le Pape était en verve : là aussi, la ligne de fond rejoint ce qu’il dit aux prêtres et aux consacrées par tout mais c’était très incarné et il n’hésitait pas de prendre nommément en exemple un prêtre, une religieuse, confesseurs de la foi, présents dans l’assemblée. Il serait intéressant de prendre son discours et le lire avec le chapitre de Mère Marie Eugénie sur le dégagement joyeux. C’était la parole d’un père, d’un religieux, fraternel et exigeant à la fois. A la fin il nous a invités à être des pères et des mères de miséricorde.
Nous sommes rentrées comblées, émues- et avec du pain sur la planche. Priez, que le Seigneur achevé ce qu’Il a commencé par son vicaire. Merci.
Miriam pour la communauté de Vilnius